Je me lève, il est l'heure
De rejoindre la dernière.
Je n'éprouve aucune peur
Car je resterai fier.
Geôlier, viens me chercher !
J'accueillerai la mort
Comme la vie m'a trouvé.
Je n'ai pas de remords.
Là, au bout du couloir,
J'attends la pendaison
Parce que je suis noir,
Pour des broutilles au fond.
Le coupable idéal
De cette histoire macabre
Ne peut être que le mal,
Qu'un être faible, misérable.
Alors ils m'ont trouvé,
M'ont même emprisonné,
Questionné, torturé,
Pour finir par me tuer.
Le mythe que l'on connait
Quand la mort nous surprend,
Ne s'avère pas être vrai,
Ce qui est décevant.
J'aurai bien voulu voir
Passer devant mes yeux
Ma vie, toutes mes histoires
Et les moments heureux.
Mais je n'y pense même plus,
Mes genoux s'entrechoquent.
La peur est apparue,
La mort, je ne m'en moque.
C'est la fin aujourd'hui
Tout est fini, plus rien
En moi vient le chagrin
C'est que j'aimais la vie.
C'est la fin, oui, tant pis
Il n'y a plus de frein
A la folie, ce brin
Qui m'entraine vers l'oubli
Je monte sur l'échafaud
Me livrer au bourreau,
Dire adieu à mes maux
Sans le vouloir de trop.
La corde autour du cou,
On me la sert d'un coup.
Le monde était si doux,
Il est devenu fou.
Dernier regard autour,
Des hommes, des femmes, enfants,
Qui ne sont là que pour
Voir mes derniers instants.
Ils ont de grands sourires,
Comme devant un spectacle
Et si bien que le pire
Pour eux est qu'on me bacle.
Aucune larme, aucun drame
Si ce n'est dans mon coeur.
Une seule corde en tant qu'arme
Pour construire mon malheur.
Je suis le condamné
Sans aucune preuve tangible.
Et s'ils m'ont soupçonné,
C'est que j'étais la cible.
On soulève doucement,
Un craquement bruyant.
Pas une trace de sang,
Je ne vis plus pourtant.
Quelques années plus tard,
J'étais bien enterré,
Découverte par hasard
Qu'ils s'étaient tous trompés.